France Télévisions – Tohubohu, l’empire de la honte

Rédigé par Eric Roux le 15/02/2026 à 17:48 | 15/02/2026

France Télévisions a diffusé aujourd’hui un énième documentaire à charge contre la religion de Scientology, révélant là une obsession maladive à s’en prendre à la religion de dizaines de milliers de français qui la pratiquent sereinement en toute légalité.
 
Avec l’argent du contribuable (oui, France Télévisions est une télévision publique), ils ont payé une somme rondelette (qu’ils refusent de révéler, comme à l’accoutumée, en total mépris du droit d’accès aux documents administratifs) à la société de production Tohubohu pour réaliser ce « documentaire », dont le réalisateur n’est autre que Romain Icard, cofondateur et associé de Tohubohu. Cette société de production se gave régulièrement sur le dos du contribuable, enchainant les financements publics avec semble-t-il, quelques petits problèmes de conflits d’intérêts. En effet, l’associé co-fondateur de Tohubohu est Thierry Demaizière, dont l’épouse n’est autre que Brigitte Benkemoun, l’une des 4 membres du « Comité d’Éthique » de France Télévisions.

Le site web de la Villa Benkemoun
Ce conflit d’intérêts est bien entendu interdit par la loi (décret n°2009-796 fixant le cahier des charges de France TV), mais il pourrait possiblement constituer le délit de prise illégale d’intérêts et de recel de prise illégale d’intérêt pour Tohubohu. Visiblement, cela n’arrête pas nos producteurs. Et pour cause : le journalisme à France Télévisions ça semble rapporter, puisque lorsque Brigitte Benkemoun n’est pas dans son loft parisien, elle est à sa « Villa Benkemoun », entièrement rénovée « grâce » à son mari Thierry Demaizière :
https://www.villabenkemoun.fr/
Les photos valent mieux qu’un discours.

Il y a pire…
 
Bon, tout ceci est trivial semble-t-il (même si un possible délit pénal qui vous enrichit avec l’argent du contribuable, le vôtre, c’est pas si trivial que ça, qui plus est au moment où la Présidente de France Télévision elle-même, Delphine Ernotte, fait l’objet d’une information judiciaire pour détournement de biens publics et abus de biens sociaux), mais il y a mieux… Ou plutôt il y a pire.
 
Le pire, c’est la démonstration de ce qu’il ne faut surtout pas faire quand on travaille dans le journalisme, et cela a tout à voir avec le choix et la crédibilité des sources. Incapable de trouver quoi que ce soit de réel et de sérieux pour prouver son angle d’attaque contre la Scientology, Romain Icard a été interviewer des « anciens membres », dont on dit sur Télématin (Télématin fait partie de France Télévisions, et visiblement on s’y autocongratule entre bénéficiaires de l’argent public) qu’ils sont des « témoins rares », à grands coups de « témoignages inédits », « rares », « précieux »… Manque de chance (ou d’intégrité journalistique), les quelques témoins du documentaire sont tous des témoins professionnels, qui sont apparus des dizaines de fois dans d’autres productions pseudo-documentaires et interviews de tabloïdes. Nombre d’entre d’eux ont déjà dû révéler qu’ils se faisaient payer pour cela, c’est pourquoi on parle de « témoins professionnels », puisqu’il s’agit de leur gagne-pain, bien souvent le seul.
 
Il y a encore pire…
 
Mais il y a encore pire. Je vais vous donner un aperçu de qui sont ces témoins, pour que vous puissiez en apprécier la crédibilité, ainsi que le niveau d’éthique de France Télévisions (niveau d’éthique dont le contrôle est censé être assuré par le fameux Comité d’éthique dont j’ai parlé plus haut, ceci pouvant expliquer cela) et de Tohubohu. France Télévisions et Tohubohu étaient parfaitement au courant de ce qui va suivre (nous les avions avertis et ce sont des informations publiques pour la plupart), mais ont préféré le passer sous silence, parce que sinon, évidemment, ils n’auraient eu aucun élément pour dérouler leur narratif mensonger.

Tony Ortega
Tony Ortega
 
Présenté par France Télévisions comme un « journaliste qui enquête depuis trente ans sur la Scientology », Tony Ortega est autre chose. Ancien rédacteur en chef du New Yorker, il en a été débarqué en 2012 pour deux raisons : son obsession pour la Scientology (pourtant il n’a jamais été scientologiste et n’a jamais mis les pieds dans une église de Scientology), et le fait qu’il était financé par, et fervent soutien de, backpage.com, le plus gros site de trafic sexuel d’enfants qui ait jamais existé (saisi et fermé depuis par le FBI et dont les dirigeants ont été envoyés en prison). Le New York Times avait qualifié Ortega de « chien d’attaque » de backpage.com. Cette défense agressive a fait de lui un porte‑parole non officiel de l’entreprise, alors même que des organisations de lutte contre la traite d’enfants, des médias majeurs et des responsables publics accusaient Backpage d’être au cœur d’un système d’exploitation. Des protestations publiques et des actions judiciaires ont souligné que des mineures — certaines âgées de 11 ou 12 ans — y étaient présentées comme des marchandises à vendre, et que certaines ont été assassinées.
 
Ortega ne s’est pas contenté de défendre Backpage (sa principale source de financement) de façon abstraite : il a ridiculisé et déshumanisé des victimes réelles. Il a qualifié des enfants trafiqués et exploités par le site d’ « utilisateurs mineurs violant nos conditions d’utilisation ».
 
Parallèlement, Ortega a un antécédent documenté de publication de contenus faux ou fabriqués, non seulement dans ses blogs sur la Scientology mais aussi dans son passé journalistique. Des récits inventés et des fausses citations ont été critiqués pour avoir « trahi la confiance des lecteurs », notamment par le Columbia Journalism Review (voir ici), une publication académique et professionnelle américaine reconnue pour ses analyses rigoureuses et indépendantes de l’éthique, des pratiques et des tendances du journalisme, faisant autorité dans le domaine des médias.
 
On comprend pourquoi l’unique activité professionnelle de Tony Ortega aujourd’hui est d’écrire dans son blog des articles obsessionnels sur la Scientology, vu qu’il est absolument inemployable dans le domaine du journalisme. Sauf peut-être chez France Télévisions.
 
Ça, France Télévisions ne vous le dira pas, mais il est bon de le savoir, surtout si vous avez des enfants qui vont à l’école, sachant que dans le contrat qui lie France Télévisions à Tohubohu, France TV annonce vouloir diffuser ce documentaire dans les écoles.

Marc et Claire Headley
 
Claire et Marc Headley ont été présentés dans le documentaire comme des témoins critiques de l’Église de Scientology. Cependant, une analyse objective de leurs antécédents et des décisions judiciaires montre que leur crédibilité est profondément compromise. Dans l’Eglise, Marc Headley occupait un poste technique au service audiovisuel de la structure produisant des contenus, mission qui lui conférait un accès matériel et logistique à des biens de l’Église. Il a été découvert qu’il avait illégalement détourné et vendu du matériel audiovisuel appartenant à l’Église sur eBay, détournant les recettes à son profit personnel, à hauteur d’environ 15 000 dollars. Lorsque l’enquête interne sur ce sujet a commencé, il a quitté précipitamment l’organisation, reconnaissant lui‑même qu’il s’enfuyait pour éviter les conséquences de ses actes. Claire Headley, qui travaillait également au sein de l’organisation, a quitté l’Église peu après lui. Par le passé, Marc Headley a également admis avoir volé des biens et de l’argent dans des commerces, et commis des infractions graves comme le cambriolage et la contrebande de feux d’artifice, des actes relevant du droit fédéral américain.
 
Après son départ, Marc Headley a intenté une action judiciaire contre l’Église visant à obtenir des dommages pour abus et exploitation, qu’il a poursuivie avec sa femme Claire. Ces poursuites visaient des millions de dollars de dommages‑intérêts en compensation de prétendues souffrances et violations. Cette action a été rejetée par le tribunal fédéral par un jugement sommaire, le juge estimant que les faits allégués étaient infondés et que les Headley avaient volontairement rejoint et travaillé pour l’Église, comme l’indique la décision : « Les documents démontrent clairement que les Headley ont rejoint et travaillé volontairement pour [l'Église] parce qu'ils estimaient que c'était la bonne chose à faire et qu'ils y prenaient plaisir. » Cette décision a été confirmée par la Cour d’appel du neuvième circuit, et le couple a été condamné à payer 42 000 dollars à l’Église, reflétant le caractère lucratif, frivole et abusif de leur action judiciaire.
 
On notera que durant le procès, Marc Headley a dû révéler avoir touché de l’argent pour publier son « témoignage » fabriqué dans des tabloïdes, bien souvent jusqu’à 10,000 dollars par publication. Il conviendra d’examiner si les prestations de témoignage professionnel du couple Headley ont été gratuites ou facturées – d’une façon ou d’une autre – à la société Tohubohu pour la réalisation de leur témoignage.  
 
Là encore, vous le faire savoir eut été dérangeant pour Tohubohu et France Télévisions, puisque de toutes évidence, son « témoignage » est à nouveau complètement faux.

Lucas le Gall
 
Lucas le Gall est un pseudonyme. En réalité, il se nomme Eric Gonnet. Le reportage omet de préciser qu’il est le fils de Roger Gonnet, militant anti-Scientology expulsé de l’Église de Scientology pour malversations il y a plus de quarante ans, et plusieurs fois condamné par la justice française pour ses activités anti-scientologistes.
 
Dans la continuité des engagements de son père, qu’il décrit pourtant dans son ouvrage comme un « fou, carrément dangereux », qui battait et séquestrait ses enfants, un « abruti hystérique » doté « d’une assez jolie panoplie de tares et d’incapacités », « névropathe assez profond » et « aussi bouché qu’un lavabo rempli de déjections », Eric Gonnet est un affabulateur.
 
Il affirme avoir appartenu à la Sea Organization (un ordre religieux de la Scientology) pendant quatre ans, y avoir occupé des postes de responsabilité à l’échelle mondiale au sein de l’Église, jusqu’à devenir le « bras droit » du chef ecclésiastique de l’Église en Californie. Il estimait qu’après quarante-cinq ans, il serait impossible pour l’Église de vérifier ses dires.
 
Pourtant, une enquête interne minutieuse a établi qu’aucune de ces affirmations n’était exacte et que tout son récit était purement fantasmé. Le parcours, ridiculement bref, d’Eric Gonnet au sein de la Sea Organization se limite à un séjour à Copenhague au début de l’année 1980, au cours duquel il a passé trois mois au sein de l’Église, sans exercer la moindre fonction importante, avant de repartir en France, faute des compétences requises. Tout ceci est parfaitement documenté. Fin de son histoire.
 
Il n’a jamais occupé de poste à responsabilité, ne s’est jamais rendu dans l’Église en Californie et n’a jamais rencontré le chef ecclésiastique de l’Église. Et bien entendu, il n’a jamais eu à « s’échapper » d’un endroit où il n’a jamais mis les pieds. L’ensemble de son récit, qu’il a relayé à plusieurs reprises auprès des médias français et consigné dans son ouvrage, n’est qu’une vaste affabulation, de même que les accusations qu’il porte à l’encontre d’une religion qu’il n’a pas fréquentée depuis plus de quarante-cinq ans.
 
France Télévisions et le réalisateur Romain Icard étaient informés de ces éléments, mais ont choisi de fermer les yeux. Tant que son « témoignage » servait leur narration, peu importait qu’il fût mensonger.

Lui-même se décrit ainsi dans son livre :

« Cette dernière offense, ”menteur”, je ne l'ai pas volée, je mens effectivement souvent. J'ai même déjà fait le tour de ce sujet précis, analytiquement. Cette stigmatisation n'est pas erronée, elle caractérise effectivement un comportement récurrent de ma part. »

« Pour moi-même, je formule quelques serments : — 1 er commandement : toujours tu tricheras, jamais sous ton vrai jour tu ne te montreras à ces gens-là. (…) Ils constitueront, dès ce jour, ma ligne de conduite principale. »

Le monsieur artificiel
 
Et là c'est le ponpon. Le réalisateur n'avait tellement rien à se mettre sous la dent, qu'on nous présente à l'écran une personne dont l'apparence et la voix sont créées par une intelligence artificielle. Diantre, il y a des milliers de scientologistes en France, mais pour les besoins de la cause, il leur a fallu utiliser l'intelligence artificielle pour ajouter un témoin à la petite clique de témoins professionnels. Je crains que la télévision française ait touché le fond. Le procédé n'est pas seulement malhonnête, il est ridicule. Je sais que c'est difficile à croire, mais si, c'est juste vrai.

Pour finir, et les obligations de France Télévisions ?
 
Je m’arrête là pour ce qui est des « témoins », bien que je puisse continuer ainsi pour chacun d’entre eux, par exemple avec Joy Villa que l’on prétend être une « jeune actrice américaine démunie », alors qu’affamée de buzz elle n’a jamais été actrice (si on omet trois ou quatre rôles de figuration dans des séries B américaines), et qu’aujourd’hui elle se présente comme une chrétienne évangélique ayant trouvé Jésus qui lui aurait révélé que la Scientology c’est le diable incarné, après être partie avec la caisse de son mari scientologiste, c’est-à-dire avec la modique somme d’un million d’euros. C’est sacrément démuni ça…

Alors, me direz-vous, France Télévision est-elle libre de faire ce qu’elle veut même quand il s’agit de diffamer un mouvement religieux pacifique et existant en France paisiblement depuis les années 1950 ? Pas vraiment. Bien entendu, l’incitation à la haine et à la discrimination en raison de la religion est un délit pénal grave en France, mais France Télévisions est aussi tenue à plus d’obligations, notamment des obligations d’impartialité, d’honnêteté de l’information de pluralisme des opinions et courants de pensée. Si nous avons jeté un œil précédemment aux deux premiers de ces principes, allègrement violés bien entendu, un mot supplémentaire s’impose en ce qui concerne la pluralité des opinions :
 
Vous n’aurez pas la possibilité sur France Télévisions d’entendre la parole des milliers de scientologistes français qui tout naturellement vivent leur religion avec bonheur et utilisent la Scientology pour améliorer leur vie et celle des autres, ni de leurs représentants. Pourtant, lorsque nous avons découvert que le reportage serait suivi d’un « débat », et que les protagonistes de ce débat, outre Romain Icard lui-même, étaient tous des militants anti-scientologistes professionnels (par exemple, l’UNADFI et son avocat Olivier MORICE – tous deux annoncés sur le plateau – nourrissent une inimitié notoire à l’encontre du culte scientologiste. Signalons que le 20 novembre 2015, la Cour d’appel de Paris a condamné l’UNADFI, représentée par Olivier MORICE, à verser à une association scientologiste et à deux fidèles une somme totale de 21 000 euros, pour avoir abusé fautivement de son droit d’agir en justice à leur encontre, la cour reconnaissant leur « mauvaise foi manifeste ». Le pourvoi en cassation de l’UNADFI a été rejeté en 2017), nous avons demandé à France Télévisions d’inviter un représentant de l’Église pour participer au débat, afin de pouvoir répondre aux allégations du documentaire en toute transparence. Même si l’équilibre du plateau eut été quelque peu déséquilibré (quatre contre un), vous auriez pu au moins avoir une chance d’entendre un récit dissonant qui vous aurait permis de vous faire, un peu peut-être, votre propre opinion.
 
La réponse (le refus) de France Télévisions fut édifiante : « Le choix des intervenants en plateau relève de la liberté éditoriale et d’expression de France Télévisions ». Circulez, il n’y a rien à voir – et surtout pas la vérité. Beaucoup de libertés et peu de devoirs pour la chaine publique semble-t-il. Et quand vous entendez "la Scientology a refusé de s'exprimer", vous saurez que c'est faux.
 
Mais le courrier est aussi révélateur quant au niveau de responsabilité de ladite chaine publique, puisque lorsqu’on leur mentionne les violations de leurs obligations, France Télévisions, après avoir tout de même envisagé que ce que l’on disait puisse être vrai, croit pouvoir se protéger derrière le producteur et ainsi éviter la condamnation : "Ainsi et sans préjuger du bien-fondé de votre réclamation concernant le documentaire" ... "Nous vous informons que le documentaire a été réalisé et produit par la société Tohubohu, qui, en sa qualité de producteur délégué, a garanti France Télévisions contre tout recours, actions ou procédures qui pourraient être engagés contre elle à quelque titre que ce soit, concernant le programme." Eh bien… Good luck France Télévisions !
 
Maintenant, je n'ai pas le temps ici de repasser à travers la quantité d'absurdités qui ont été dites, à la fois dans le documentaire et sur le plateau à propos des enseignements de la Scientology. On ne devrait jamais laisser des ignorants commenter une religion dont ils ne connaissent rien, surtout quand ils n'ont pas forcément envie de la comprendre et préfèrent vous répéter sciemment les inepties de ses opposants.
 
Mais il existe une solution. Vous voulez vraiment savoir ce qu’est la Scientology, ce que sont ses croyances, ses églises, ce que font les scientologistes pour aider leur prochain à une échelle qui dépasse l'entendement ? C’est ici, et ce n’est pas financé avec l’argent du contribuable : https://www.scientology.tv/fr/
Eric Roux
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