Scientology et musique : la série Signature Performances sur Scientology Network

Art et artistes

Il y a une quinzaine d’années, je me trouvais sur un plateau de télévision de la défunte chaine ITélé, en compagnie d’une brochette de journalistes qui n’avaient pas l’air (mais qu’est-ce qu’avoir l’air ?) de me porter dans leur cœur. Vous pouvez revoir l’interview ici. L’un d’entre eux, Joseph Macé-Scaron, me posa alors une question que je trouvais saugrenue et pas vraiment intéressante dans le contexte, et à laquelle je ne répondis pas, préférant répondre à une autre (il fallait bien choisir dans le chaos des questions de pas moins de trois journalistes). La question était : « Est-ce que votre Eglise crée des œuvres d’art ? », le journaliste ajoutant « à ma connaissance non, c’est pour ça que vous n’êtes pas une religion ».

La question était peut-être stupide sur le moment (et la production d’œuvres d’art n’a jamais, « à ma connaissance », fait partie des critères de religiosité d’une église), mais j’y ai repensé peu après (merci Joseph). Et je me suis dit que dire que l’Église de Scientology n’avait jamais produit d’œuvre d’art était certainement la chose la plus fausse qui puisse être dite. C’était tellement évident que comme le nez au milieu de la figure, je ne le voyais plus. Quand je suis arrivé dans l’Église, à Paris au début des années 90, j’étais moi-même un musicien. Et je jouais régulièrement dans le théâtre de l’Église, qui accueillait chaque semaine, parfois plusieurs fois par semaine, des artistes de tout poil.

Parmi eux des pointures, comme Issac Hayes, Chick Corea, Lee Konitz, Billy Sheehan ou Cyprien Katsaris qui régulièrement y donnaient des concerts, ou des séminaires et Masterclass. De plus, tous les grands évènements de notre religion s’ouvrent ou se ferment avec des concerts, bien souvent mémorables.

L’Eglise aussi accueillait nombre d’expositions d’art plastique, des peintres, des sculpteurs. Le grand Mouloudji par exemple y exposait ses peintures. J’avais tant baigné dans cette atmosphère ou l’art et la religion s’entremélaient tous les jours que je ne m’étais jamais posé la question de savoir si ça eut pu être autrement.

Un peu plus tard, le sociologue et spécialiste d’art moderne Massimo Introvigne a écrit l’ouvrage « L’Entreprise humaine la plus mal comprise : L. Ron Hubbard, Scientologie et beaux-arts », après avoir rencontré des dizaines d’artistes Scientologistes et avoir exploré la relation entre leur art et la Scientology.

Entretemps, il y a une dizaine d’années, je me suis dit que je pourrais moi aussi écrire un livre sur la relation entre l’art et la Scientology, mais en me concentrant sur la musique, un domaine que je connaissais bien.

Pensez-y. L. Ron Hubbard était lui-même un musicien, bien avant qu’il ait fondé la Scientology. Ensuite, avec l’Église, il a composé les musiques des films techniques de Scientology, ainsi que plusieurs albums dont « Space Jazz » en 1982, innovant avec le premier « sampler », le Fairlight Computer Musical Instrument (CMI) sur cet album dont certains des musiciens n’étaient autres que Chick Corea, Stanley Clarke et Nicky Hopkins. L’album, a écrit le musicologue Tom Wagner dans une passionnante étude publiée en 2023, « a été accueilli avec enthousiasme par des musiciens tels que Peter Gabriel et Herbie Hancock ».

Il a aussi écrit toute une série de bulletins sur l’art, qui à mon sens constitue certainement la plus perspicace des études sur le sujet que j’ai jamais lues. Il a créé et formé le groupe Apollo Stars (et d’autres), qui jouait pour l’Église dans les années 70 et le suivait dans ses voyages en mer. Bref, il avait incorporé l’art dans tous les aspects de l’Église dès les tous premiers jours, et la musique y tenait une grande place.

Je dine avec mon idole Stanley Clarke
Je dine avec mon idole Stanley Clarke

Donc il y a une dizaine d’années j’ai commencé à travailler à l’idée d’écrire un livre sur la musique sacrée de Scientology. J’ai été interviewer mes coreligionnaires musiciens, de Chick Corea à Stanley Clarke, en incluant Mark Isham (titulaire d’un Grammy Award et souvent nominé) et David Campbell (chef d’orchestre, compositeur et arrangeur aux multiples disques de platine), Cyprien Katsaris, le pianiste Mario Fenninger, les musiciens du groupe Apollo Stars dans les années 70, et beaucoup d’autres.

Mon emploi du temps étant ce qu’il est, le livre n’a jamais vu le jour. En tous cas, pas encore.

Mais l’Eglise a fait quelque chose de mieux qu’un livre : après le lancement de sa chaine de télévision Scientology Network, elle a créé une série appelée « Signatures Performances », qui a déjà produit 3 films sur des créations d’album par des légendes de la musique. Le premier avec Chick Corea, peu avant son décès, le second avec Stanley Clarke, et le dernier avec Mark Isham. Et voir et entendre, c’est parfois mieux que lire.

Alors voilà, tout ça pour ça. Car c’est à cela que je voulais vous conduire avec tant de mots d’introduction : à regarder ces trois films dans cette série que j’adore. Les voici :